Enjeux esthétiques, épistémologiques et méthodologiques

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Volume 5 numéro 1 – mai 2020 (ancien site)
Avec des images du projet Queering The Map de Lucas LaRochelle
Éditorial
Par Sylvain David
Résumé : Si la cartographie permet d’abord de s’orienter dans le monde, elle n’entretient pas moins une relation de complémentarité — si ce n’est de concurrence — avec l’espace qu’elle contribue à mettre en valeur, à baliser, à découper, à définir. Le dossier « Cartographies actuelles. Enjeux esthétiques, épistémologiques et méthodologiques » est consacré à ce qu’implique cette pratique en matière de représentation. Les études réunies s’articulent autour de quelques grands principes, révélateurs d’avancées et de ruptures dans l’imaginaire contemporain.
Dossier
Spectacle(s) du monde : présentation du dossier, par Suzanne Paquet
Résumé : Les cartes comptent parmi ces représentations qui ont contribué à faire connaître le monde et, surtout, à en façonner une image. Jamais neutres, elles véhiculent des idéologies, des visions commandées du monde. Par les cartes, par le choix de leur contenu ou de ce qui en occupe le centre, de même que par leurs styles graphiques et leurs ornements, se sont établis de curieux rapports entre politique, science, éducation, art et spectacle.
Cartographie anachronique. Le premier plan rétrospectif de Paris par Jacques-Antoine Dulaure en 1821, par Christina Contandriopoulos
Résumé : Cet article retrace l’origine des SIG historiques (ou systèmes d’information géographique historiques) au début du XIXe siècle en se concentrant sur une étude de cas, le Plan de Paris sous la domination romaine (1821) par Jacques-Antoine Dulaure. L’analyse visuelle et technique de ce premier plan rétrospectif est guidée par trois critiques issues du discours de l’époque : ce plan est une image pseudoscientifique, froide et trompeuse. Ces caractéristiques ambiguës sont approfondies pour mettre en lumière la persistance de certains enjeux théoriques tout en soulignant le potentiel de la cartographie rétrospective.
La tentation de la carte. Défis méthodologiques et techniques de la réalisation d’un atlas culturel historique, par Tatiana Debroux
Résumé : Les systèmes d’information géographique (SIG) permettant de localiser, d’analyser et de représenter des données spatiales ont transformé en cartographes de nombreux chercheurs. Cet article s’intéresse à ce phénomène en présentant un projet d’atlas culturel historique mené par une équipe multidisciplinaire, lequel illustre les difficultés soulevées par les projets de cartographie numérique et leurs limites, mais aussi leur apport pour les recherches transdisciplinaires.
Constellations de données historiques. Un atlas numérique de l’architecture publique en France (1795-1840), par Lena Krause
Résumé : La base de données Conbavil, qui contient les archives du Conseil des bâtiments civils de 1795 à 1840, invite à de nouvelles formes d’études de l’architecture publique en France. À partir de ces données, l’autrice crée un dispositif visuel et interactif faisant usage de la cartographie et de la visualisation. L’atlas numérique qui en résulte promeut de nouvelles formes de production du savoir, basées sur des méthodes numériques et des approches interdisciplinaires.
Renversements décoloniaux de la cartographie de l’Arctique, par Daniel Chartier
Résumé : Dans cet article, l’auteur étudie les initiatives de renversement de la cartographie de l’Arctique. Il évalue l’effet sur la conception du territoire des conventions, de l’insuffisance des connaissances polaires, ainsi que de la puissance de « l’imaginaire du Nord ». Enfin, il analyse la contre-cartographie chez les Sâmes, au Québec, au Groenland et au Nunavik. Il conclut qu’un mouvement décolonial permet de « recomplexifier » l’Arctique en révélant des conceptions diverses de l’espace.
Seuils de visibilité dans l’art vidéo. How Not to Be Seen de Hito Steyerl, par Vir Andres Hera
Résumé : Cet article analyse le film How Not to Be Seen: A Fucking Didactic Educational .MOV File qui, au-delà de ses apparences absurdes et humoristiques, offre une réflexion sur deux concepts émergents en art vidéo, celui du seuil de visibilité et celui d’inforensique. Pour ce faire, l’auteur retrace l’origine des images assemblées et problématise leurs liens avec l’histoire de la photographie aérienne et avec celle de la cartographie. Il examine également le sens des références symboliques et métaphoriques qui indiquent les échanges entre les mondes réel et virtuel.
Cartographier les internets. Atlas critique d’Internet et diagrammatique sensible de l’espace numérique, par Enrico Agostini Marchese et Christelle Proulx
Résumé : L’espace numérique — à la fois multiple et intriqué à l’espace tangible — requiert une approche cartographique spécifique. En mobilisant les notions de savoirs situés et de diagrammatique sensible, cette étude de l’Atlas critique d’Internet (2012) de Louise Drulhe montre, d’une part, comment l’espace affecte les internets et leurs représentations, et, d’autre part, comment l’atlas s’avère la forme la plus adéquate pour concevoir les spatialités complexes du numérique.
Contrepoints
- John Han
- Carole Lévesque
- Clément Willer
- Nans Bortuzzo
- Gabrielle Marcoux
Hors dossier
Penser le palimpseste numérique. Le projet d’édition numérique collaborative de l’Anthologie palatine, par Margot Mellet
Résumé : Le projet Anthologie Palatine de la Chaire de recherche du Canada sur les écritures numériques cherche à établir une visualisation de l’univers anthologique et de sa richesse. Dans le cadre de ce projet a été conçue la plateforme Anthologia, qui permet à l’utilisateur·trice de participer à la constitution d’un imaginaire collectif en associant le matériel anthologique à d’autres références. Cette édition collaborative numérique interroge les phénomènes de remédiation et la figure du palimpseste.
Représentations du viol dans la télésérie Fugueuse. Une analyse de la recomposition des scripts sexuels traditionnels, par Amélie Cousineau
Résumé : Cet article analyse les représentations des violences sexuelles dans la télésérie Fugueuse (2018). À partir des critiques de Neil Gross sur les thèses de la détraditionalisation de l’intimité, il suggère que les images actuelles de viol témoignent d’une recomposition des scripts sexuels traditionnels. Celle-ci s’expliquerait par la détraditionalisation et l’individualisation de l’intimité qui affectent les « traditions régulatrices », alors que celles « constitutives de sens » continueraient à structurer les scripts sexuels.

