Imaginaire de la ligne

Avec des œuvres de Bertrand R. Pitt

Éditorial

Par Vincent Lavoie

Résumé : Avec la parution de ce quatrième numéro, Captures atteint sa pleine maturité au titre de revue de recherche. Plus de 36 contributions savantes publiées à ce jour, présentant les plus récents travaux de chercheuses et de chercheurs du Québec, du Canada, des États-Unis, de la France, de la Belgique, de l’Angleterre et de la Norvège, en témoignent avec éloquence. 

Dossier

Imaginaire de la ligne. Quand elle joue sur plusieurs tableaux : présentation du dossier, par Véronique Cnockaert

Résumé : Ce numéro propose d’étudier des œuvres littéraires, picturales et architecturales comme autant d’exercices graphiques où la ligne recompose le monde au sein duquel le réel se particularise, devient lisible. Chaque œuvre crée ses propres cartographies, mais demeure tributaire d’un imaginaire graphique dans lequel la ligne, le mot et l’idée se rejoignent au point de devenir indiscernables. Au-delà des lignes qui nous entourent, il y a celles qui s’inscrivent en nous et pétrissent notre imaginaire.

Entre les lignes, par Jean-Marie Privat

Résumé : Les lignes d’écriture n’existent ordinairement que si elles tirent droit et se tiennent à équidistance les unes des autres. Ce dispositif graphique dessine un entre-deux où toute une série d’activités d’écriture ou de lecture signifiantes peuvent toutefois s’intercaler. Cette économie sémiotique et pragmatique, poïétique et politique de l’interligne, entre interdit et inter-dit, donne parfois corps à un investissement imaginaire graphique ou plastique étonnant et transgressif que cet article entend suivre et analyser.

De lignes en lignes. Poétique de l’écrivain-flâneur : pistes pour un imaginaire du lieu, par Bertrand Gervais

Résumé : La réflexion qui s’ouvre part d’un embryon de figure, celle d’un être qui explore un lieu et qui entreprend d’en témoigner. Qui est-ce? Cela importe peu. Un imaginaire du lieu prend forme qui conjoint expérience et énonciation. L’article explore ici le jeu entre le parcours dans l’espace et le discours qu’il permet de tenir. La ligne sert de jonction. La ligne : tracé dans l’espace, chemin parcouru; mais aussi trace écrite ou graphique, fil d’une pensée qui se déploie.

C’est calciné et clair : écrire et s’écrire dans les lignes, par Marie-Christine Vinson

Résumé : L’Interlocutrice de Geneviève Peigné présente plusieurs strates d’écrits : les écrits manuscrits de la mère morte, Odette, atteinte d’Alzheimer qui a lutté contre l’oubli en noircissant le blanc des pages des romans policiers qu’elle affectionne, et le texte imprimé de Geneviève, la fille, qui vient se glisser entre ces lignes et noue un dialogue posthume de réhabilitation. L’article interroge le passage de la déraison graphique des écrits de la mère à son arraisonnement typographique dans les pages du livre de la fille.

Narrativité anthropologique de la ligne contemporaine : Bailly, Echenoz, Sautière, par Sophie Ménard

Résumé : Orienté par les travaux de l’anthropologue Tim Ingold, qui rendent compte des multiples systèmes de lignes (sinueuse, fragmentée, droite) réalisant le monde, cet article ethnocritique veut poser les jalons d’une narrativité et d’un imaginaire anthropologiques de la ligne à l’œuvre dans trois récits contemporains (Dépaysement de Bailly, Un an d’Echenoz et Stations (entre les lignes) de Sautière), en faisant l’hypothèse qu’ils mobilisent et organisent une pluralité de cosmologies linéaires.

M. Caravan ou l’homme-pendule : l’oppression de la ligne et de la lettre dans En famille de Maupassant, par Émile Bordeleau-Pitre

Résumé : À partir de l’anthropologie comparée de la ligne de Tim Ingold, cet article aborde la nouvelle « En famille » de Guy de Maupassant. Réelles ou imaginaires, les lignes y forment une structure horizontale et verticale où se confrontent des valeurs radicalement opposées. Pour réussir dans le monde bureaucratisé de la nouvelle, il faut connaître et maîtriser les codes que dicte la ligne droite, ce que n’arrivera jamais à faire M. Caravan, personnage principal de la nouvelle.

Quelques lignes « intra muros et extra » : lecture graphique de l’incipit du Père Goriot de Balzac, par Véronique Cnockaert

Résumé : L’incipit du Père Goriot de Balzac présente un entrecroisement remarquable de lignes distinctes qui ne cessent d’être l’écho l’une de l’autre. Ligne graphique, ligne historique, ligne géographique, ligne institutionnelle et ligne culturelle forment un écheveau serré, tissage qui offre un mode d’invention scriptural riche en significations que cet article se propose d’analyser.

Dieu a planté son compas dans la Seine : « Paris » épinglé par Vigny, par Sébastien Roldan

Résumé : Que voit-on en 1831, la nuit, du haut d’une tour s’élevant au beau milieu de Paris? La réponse qu’offre Alfred de Vigny est fascinante : arêtes, angles, cimes, aiguilles, feux, éclairs, zébrures, mais aussi ombres, masses informes, gouffres… Délinéaments fins et vastes ensembles courbes s’affrontent et s’unissent pour transfigurer la ville en titanesque compas chargé d’orienter la marche de plus en plus rapide d’un monde en perte de repères. C’est à les démêler que s’applique cet article.

Document

De la ligne d’écriture au passage à l’acte : entretien avec Rudy Ricciotti. 12 juillet 2016, Cassis, par Véronique Cnockaert

Résumé : Les lignes que dessine l’architecte et qui organisent notre monde imposent d’emblée un environnement qui ne sera pas sans résonance et sans conséquence sur la manière d’être et de vivre. Seul art dont on ne peut faire véritablement l’économie, l’architecture impose des exigences, non seulement matérielles, mais aussi esthétiques, politiques et éthiques, qui sont souvent redoutables. C’est de celles-ci et des enjeux qui leur sont liés, que parle Rudy Ricciotti, architecte du MuCEM.

Contrepoints

  • Pierre Popovic et Bernabé Wesley
  • Marie-Claude Bouthillier
  • Claude-CLd
  • Osvaldo Cavandoli