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Volume 4 numéro 1 – mai 2019 (ancien site)
Avec des œuvres d‘Éric Pougeau
Éditorial
Par Vincent Lavoie
Résumé : À quelles conditions les œuvres littéraires et artistiques peuvent-elles porter atteinte à la réputation d’autrui? Poser la question comme l’y invite le présent dossier implique de rouvrir le débat philosophique sur la question des liens entre la littérature, l’art, la morale et la sphère juridique. Depuis les années 1990, ces interactions ont été largement discutées par les philosophes anglo-américains, dont les travaux ont été depuis lors traduits en français.
Dossier
Paroles diffamantes, images infamantes, par Ania Wroblewski
Résumé : La création artistique peut-elle véritablement faire du mal? Si oui, le mal, est-il tout de suite visible, palpable? Ou bien, le mal ne surgit-il que plus tard, après que le temps et l’histoire lui ont donné tort ou raison? Afin d’esquisser une éthique ou une esthétique de l’infamie et de la diffamation, ce numéro de Captures étudie des œuvres qui ont été dénoncées par le tribunal de l’opinion publique ou accusées et sanctionnées par la justice.
Marie Darrieussecq et Christine Angot, récidivistes du réel, par Eftihia Mihelakis
Résumé : Si la notion d’infamie intéresse aujourd’hui le système juridique et médiatique, elle n’en concerne pas moins les études littéraires dans lesquelles il semblerait qu’elle ait un sens alternatif, plus proche de celui qu’en donne Michel Foucault. L’écriture de Marie Darrieussecq et Christine Angot peut être lue comme un geste littéraire qui nomme et montre l’en-deçà de la réalité, ces restes qui hantent l’ordre du discours.
Évanescentes limites de l’infamie : à partir des œuvres antisémites d’Edmond Picard, par Christophe Meurée
Résumé : Les œuvres à caractère antisémite d’Edmond Picard sont une page noire de l’histoire de la littérature belge, dont le public et les spécialistes ont longtemps détourné les yeux. Picard est de ces infâmes qu’il convient de traiter avec mépris ou circonspection. Mais comprendre ce qui relève de l’infamie dans son œuvre éclaire, au sein des populismes aujourd’hui en vogue, leurs emprunts à l’imaginaire et à la rhétorique de la fin du XIXe siècle, et rappelle que l’infâme passe toujours d’abord inaperçu.
«J’ai créé un monstre que je ne contrôle plus» : controverses et amplifications médiatiques autour de «Min kamp» de Karl Ove Knausgård, par Soline Asselin
Résumé : En 2009, Karl Ove Knausgård publie La mort d’un père, premier tome de la série Min kamp (Mon combat en français). Quelques semaines après sa parution, quatorze membres de la famille de l’auteur le menacent d’une poursuite judiciaire pour diffamation et atteinte à la vie privée. Cet article cerne les paradoxes et les tensions du projet autobiographique de Min kamp, pour ensuite observer la reprise et l’amplification de ces enjeux éthiques par les médias.
La littérature infamante et son rapport à la vie privée : le cas de l’affaire Besson-Villemin, par Marie-Odile Richard
Résumé : La publication de L’enfant d’octobre (2006) de Philippe Besson a été génératrice de débats tant dans la société française qu’au tribunal quant à la légitimité d’un auteur à s’inspirer de la réalité pour en faire une fiction. Le présent article entend étudier, à travers l’affaire qui a opposé les époux Villemin à Philippe Besson, les liens qui unissent actuellement la littérature du réel potentiellement infamante au droit dû au respect de la vie privée des protagonistes d’affaires criminelles réelles.
Vérités et fictions de l’infanticide : sur l’appropriation littéraire de l’affaire Villemin, par Louis-Daniel Godin
Résumé : Cet article se penche sur les textes de Marguerite Duras et de Philippe Besson portant sur un fait divers très médiatisé en France depuis plus de trente ans : le meurtre du jeune Grégory Villemin. Ces récits opèrent une transgression (éthique, morale, légale) en s’appropriant des faits réels non transposés pour les rejouer ou les interpréter dans un cadre littéraire. Il s’agit ici de montrer selon quelles modalités ces deux textes déjouent ou se jouent poétiquement de l’événement en question.
D’une infamie l’autre : la mort de l’enfant en régime de fiction, par Maïté Snauwaert
Résumé : Comment une fiction de l’enfant mort peut-elle se lire comparativement aux récits autobiographiques existant d’un tel événement? Comment ce comble peut-il s’écrire dans des sociétés occidentales qui ont fait de la mort elle-même une infamie? Au-delà de la polémique qui a opposé deux auteures, qu’est-il possible de divulguer de la mort de l’enfant, et que conserve-t-elle d’intrinsèquement polémique? Quand cesse-t-elle, ou commence-t-elle, d’être infâme, dans l’écriture?
Contrepoints
- Itay Sapir
- Kevin Lambert
- Léonore Brassard
- Nancy Lemieux
- Gina Cortopassi
- Jean-Philippe Uzel
Hors dossier
Figures troubles : la New Woman et la femme nouvelle dans «La Dame à la louve» de Renée Vivien et «Héroïnes» de Claude Cahun, par Andrea Oberhuber et Sarah-Jeanne Beauchamp Houde
Résumé : New Woman, « femme nouvelle » ou « garçonne », ces désignations renvoient toutes à des figures d’un féminin nouveau genre qui, dès la Belle Époque, circulent librement dans l’espace public tout comme elles occupent les affiches publicitaires, les magazines féminins, la scène littéraire et l’écran de cinéma au fil du XXe siècle naissant. S’appuyant sur les notions d’androgynie et de jeux de rôles genrés, l’analyse porte sur les recueils de nouvelles de R. Vivien et de C. Cahun qui regorgent de protagonistes perturbatrices de l’ordre social, moral et sexuel.

