Portraits sonores de pays

Avec des œuvres de Bruno Goosse

Éditorial

Par Bertrand Gervais

Résumé : Si, ces dix dernières années, nos dossiers thématiques nous ont permis de faire la part belle aux images, le dossier « Portraits sonores de pays » ouvre les pages de la revue au traitement du son et exploite cette capacité citationnelle permise par notre plateforme de publication. Au sein des pages du présent numéro, on ne fera pas que lire sur les expériences sonores analysées, on pourra entendre par soi-même les sons captés en Inde, à Tchernobyl ou encore dans une gare de triage à Montréal, et ainsi prendre position.

Dossier

Portraits sonores de pays : présentation du dossier, par David Martens et Pauline Nadrigny

Résumé : Le modèle générique du portrait apparaît comme un format pertinent pour faire entendre, voire faire sonner un pays, un format qui guide aussi bien la création que l’écoute d’oeuvres sonores consacrées à des territoires particuliers. C’est à la variété d’une pratique de la découverte du monde audible que la notion fait appel, tout aussi bien qu’à la singularité des entités que l’on y rencontre ou que l’on y figure.

Compositions à base de paysages et de portraits sonores. Le cas de Hildegard Westerkamp, par Makis Solomos

Résumé : L’oeuvre de la compositrice Hildegard Westerkamp montre que le son est ce qui nous relie au monde. Plusieurs de ses pièces travaillent avec des lieux ou des personnes dont elle rend la présence quasi tangible à travers l’expérience sonore. L’auteur s’intéresse ici à la pertinence de l’expression « compositions à base de paysages sonores » que la compositrice utilise pour parler de la plupart de ses pièces. Il se demande si l’on pourrait également parler de « compositions à base de portraits sonores », avant de mettre l’accent sur l’expérience et l’écoute.

Une gare de triage. Gestes, matériaux et figures dans Y Bush Corrida, par Serge Cardinal

Résumé : Michel Neault, artiste du son, a passé des nuits dans une gare de triage enclavée dans un quartier résidentiel de Montréal. Il accompagne les répartiteurs, les wagonniers, les mécaniciens; il loge son silence dans leurs conversations, intercepte leurs communications radio, répète les gestes inhérents à leur métier. L’artiste compose un portrait sonore, Y Bush Corrida, non seulement avec des matériaux auxquels ces travailleurs se frottent, mais aussi avec leur écoute et leur capacité à décrire la sonorité de leur gare de triage. C’est ce dont la présente analyse veut rendre compte.

Knud Viktor, éthopoète. Sonorités situées et mémoires du pays, par Julie Michel

Résumé : Cet article explore la démarche de Knud Viktor, artiste danois installé dans le sud de la France au début des années 1960. Sur le mode de l’enquête et en s’appuyant sur les archives de l’artiste, cette contribution dessine un double portrait : celui d’un « peintre sonore » et celui du territoire qui l’aura tant fasciné, entre montagnes du Petit Luberon et Durance. En la comparant à celle de « paysage sonore », l’autrice propose en outre de mesurer la pertinence de la notion de « portrait sonore de pays » à l’aune de l’oeuvre de Knud Viktor.

Samoseli, portrait sonore d’une zone, par Pauline Nadrigny

Résumé : Le volume de Sounds From Dangerous Places de Peter Cusack consacré à la zone d’exclusion de Tchernobyl problématise des thèmes transversaux pour la pensée de l’enregistrement, s’articulant autour de certains motifs : perte, deuil, exil, nostalgie trace, empreinte, exposition. Pour étudier ces motifs, l’article se concentre sur les samoseli, ceux qui peuplent illégalement la zone d’exclusion. En rompant avec toute fascination pour l’aspect spectaculaire de Tchernobyl, ce portrait sonore permet de repenser comme un pays ce qui n’est représenté, dans l’imaginaire contemporain, que sous le format de la zone.

Les sons ne vont jamais seuls. Discours et images dans la portraiture sonore des lieux, par David Martens

Résumé : Au sein du champ de la création sonore, le portrait de pays ne trouve place au sein de la palette générique usuelle, comme si ce genre ne se révélait pas nécessaire aux nomenclatures de cet univers de création. S’agissant d’un secteur qui met en avant sa dimension sonore, le portrait semble d’autant plus faire l’objet d’une réticence qu’il se trouve associé de prime abord au domaine visuel. Toutefois, les discours d’accompagnement des oeuvres sonores — sachant qu’il y en a toujours — configurent à l’occasion une généricité qui participe bel et bien du portrait de pays et, le plus souvent, de ville.

Document

La fiction audio dans l’espace public. Ou comment réinventer les lieux, par Christophe Deleu

Résumé : Les fictions audio dans l’espace public permettent à l’auditeur-marcheur, ce « promeneur écoutant », de se plonger dans une histoire tout en déambulant à travers un lieu. Le concept est simple : il suffit d’avoir téléchargé le fichier sonore et de se rendre au point de départ de la fiction. Cet article propose de s’interroger sur le processus de fabrication d’une fiction dans l’espace public. Deux fictions immersives, réalisées dans deux lieux de la ville de Strasbourg sont ainsi analysées.

Contrepoints

Phonoscopies

  • Stéphane Marin
  • Patrick Romieu
  • François Lacombe
  • Marianne di Benedetto
  • Julien Sampson

Hors dossier

Politisations et dépolitisations contemporaines de la photographie documentaire. La controverse autour de l’exposition d’Ahlam Shibli au Jeu de Paume, par Louis Boulet

Résumé : Cet article revient sur l’exposition Foyer Fantôme présentée par l’artiste palestinienne Ahlam Shibli au Jeu de Paume en 2013. Le travail de la photographe a soulevé la controverse, permettant une analyse fine des enjeux politiques liés à la photographie documentaire contemporaine, ses contestations et ses justifications. Ces débats mettent au jour des tensions importantes, entre dépolitisation et repolitisation de l’art.