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Volume 3 numéro 1 – mai 2018 (ancien site)
Avec des œuvres de Nadia Myre
Éditorial
Par Vincent Lavoie
Résumé : En 2011 parut un important rapport posant un diagnostic sur la situation des arts autochtones au Canada. Préparé par France Trépanier et Chris Creighton-Keelly pour le Service de la recherche et de l’évaluation du Conseil des Arts du Canada, ce document faisait état d’une double discrimination touchant les artistes autochtones francophones. Non seulement ces derniers sont-ils, par rapport aux artistes allochtones, moins représentés dans les médias et les institutions, mais une marginalisation supplémentaire les touche en raison de leur langue.
Dossier
La notion d’«autochtonie» : dans la littérature et les arts visuels contemporains, par Jean-Philippe Uzel
Résumé : Ce numéro, composé de contributions d’auteurs autochtones et allochtones, éclaire les débats actuels entourant la notion d’« autochtonie » dans le champ des arts visuels et de la littérature, tout en rendant compte de la nouvelle effervescence de la création autochtone contemporaine, tout particulièrement au Québec et au Canada. Chacun des textes se penche sur la question de savoir ce que signifie être un artiste autochtone aujourd’hui. Ils mettent tous en évidence que la création contemporaine contribue à l’énonciation de l’identité autochtone.
Le ré-ensauvagement par l’art : le vieil Indien, les pommes rouges et les Chasseurs-Chamanes-Guerriers, par Guy Sioui Durand
Résumé : L’article part de la notion wendat d’ohtehra’ pour développer une approche de l’art contemporain autochtone comme processus de « ré-ensauvagement » à l’œuvre, entre autres, chez les artistes Kent Monkman (Cri-Irlandais) et Caroline Monnet (Anishinaabe-Française). L’auteur, en s’appuyant sur les théoriciens Deborah Doxtator (Kanien’kehá:ka), Georges Emery Sioui (Wendat) et Taiaiake Alfred (Kanien’kehá:ka) propose également une analyse de l’autochtonie en Amérique du Nord comme un fait glocal d’Américité.
Langue française ou langue autochtone? Écriture et identité culturelle dans les littératures des Premières Nations, par Marie-Ève Bradette
Résumé : Cet article pose la question des identités culturelles autochtones et de leur possibilité de se dire et de s’écrire en français. L’analyse des textes de la poète innu Natasha Kanapé Fontaine permet de répondre à cette question par l’affirmative. En montrant comment la littérature travaille à la création d’espaces de sens complexes, à la croisée des langues, l’idée de la langue en portage développée dans le cours de la réflexion remet en cause l’hégémonie de la langue française et avec elle la notion même d’autochtonie.
La poésie lumineuse de Marie-Andrée Gill : ou comment sublimer les stéréotypes de l’autochtonie, par Paul Kawczak et Luc Vaillancourt
Résumé : Comment se réapproprier une parole déformée, détournée puis confisquée par le colonisateur? Comment exprimer sa différence dans la langue et les médiums culturels de l’Autre? Est-il possible, ou souhaitable, de parler d’autre chose que de son « autochtonie » cependant qu’elle est menacée encore de toute part? La poésie de Marie-Andrée Gill propose une sortie de crise : la solution n’est pas dans le ressentiment, la révolte, le repli sur soi, la fuite, elle réside dans l’affirmation sereine d’une identité plurielle.
Perspectives photographiques sur l’autochtonie (1984-2011), par Sophie Guignard
Résumé : Cet article s’intéresse aux diverses compréhensions de la notion d’autochtonie qui peuvent être mises au jour par l’étude du travail de photographes autochtones en Amérique du Nord. Pour cela, nous étudions deux brochures d’expositions collectives de photographes autochtones : Contemporary Native American Photography (1984), et Steeling the Gaze. Portraits by Aboriginal Artists (2011).
Art contemporain autochtone : une question d’auto-identification, par Pricile De Lacroix
Résumé : Cet article discute de la pertinence d’identifier les arts visuels autochtones comme tel, de maintenir une forme de distinction vis-à-vis des œuvres produites par les artistes autochtones. Il s’agit d’éclairer le débat en soutenant qu’il existe bel et bien certains éléments précis qui permettent encore de définir les arts autochtones. Est également abordé le fait que les artistes continuent d’employer la stratégie claire de l’auto-identification. Sous cet angle, cette catégorie des arts autochtones ne semble pas encore caduque.
Installation ou sculpture? Naufrage d’une œuvre de Carl Beam, par Dominic Hardy
Résumé : Ce texte, qui trace le parcours d’une œuvre de Carl Beam depuis sa présentation à Peterborough en 1989 jusqu’à son intégration à la collection permanente du Musée des beaux-arts du Canada en 2010, interroge le statut de la première itération d’un projet dont le passage hors du cadre local transforme cet évènement (exposition conçue pour un lieu et temps précis) en archive d’un présent, toujours national, détaché du territoire qui est une de ses conditions d’émergence.
Être un artiste contemporain et être autochtone : quelques réflexions sur la polémique autour de Jimmie Durham, par Jean-Philippe Uzel
Résumé : Cet article revient sur la polémique qui a éclaté en juin 2017, lorsque des artistes, des intellectuels et des militants cherokees ont publié une lettre ouverte dénonçant comme frauduleuse l’identité cherokee de l’artiste Jimmie Durham, l’une des figures les plus reconnues de l’art contemporain autochtone. Loin de vouloir trancher un débat aux ramifications complexes, cet article entend plutôt restituer les termes de la querelle et examiner la façon dont cette controverse éclaire la notion d’« autochtonie ».
Contrepoints
- Caroline Nepton Hotte
- Patrice Viau
- Geneviève Goyer-Ouimette
- Karina Chagnon
- Emily Falvey
- Rhonda L. Meier
Hors dossier
De la poésie à l’écran : Paterson de Jim Jarmusch, par Bernabé Wesley
Résumé : Paterson de Jim Jarmusch est une adaptation libre du poème éponyme de William Carlos William et ne parle que de poésie, ce qui pose un défi de taille. Comment inscrire le poétique dans une séquence de plans filmés? Dans une perspective sociocritique, cet article montre comment le film de Jarmusch indexe et retravaille certaines représentations du déclin propres à l’imaginaire social américain contemporain et repose de manière décalée ce qu’il faut bien appeler à nouveau « la question sociale ».
Identité liminaire dans 4.48 Psychose de Sarah Kane : une lecture queer, par Aramesh Yaghoubi
Résumé : L’article propose une étude de la pièce 4.48 Psychose de Sarah Kane dans une perspective queer. Le texte invente un langage de l’ambivalence : un langage qui transgresse les catégories binaires. Le corps de la comédienne s’installe dans un espace mental et symbolique où plusieurs voix s’enchevêtrent et s’hybrident; cet espace est ambivalent, entre la vie et la mort, entre le sublime et l’obscène. La liminalité ici devient un espace-temps propice à la réappropriation du corps par une écriture qui se substitue à la chair.

