Une mise à l’épreuve

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Volume 7 numéro 1 – mai 2022 (ancien site)
Avec des œuvres de Viatour-Berthiaume
Éditorial
Par Sylvain David
Résumé : On observe, dans une part significative de la critique littéraire québécoise, un malaise issu d’une comparaison de la production locale au canon mondial, ainsi qu’une propension à lier, dans une perspective englobante, le (non-)développement d’une forme littéraire à un état général de la société. Le dossier « Hypothèses critiques et littérature québécoise. Une mise à l’épreuve », codirigé par David Bélanger et Michel Biron, revient sur cette caractéristique récurrente de l’exégèse des oeuvres de la Belle Province.
Dossier
Hypothèses critiques et littérature québécoise. Une mise à l’épreuve : présentation du dossier, par David Bélanger et Michel Biron
Résumé : Comment se fait-il qu’il y ait, à propos de la littérature québécoise, une telle quantité d’hypothèses critiques globales? Ces hypothèses, loin de n’être que des produits savants à usage savant, constituent les jalons de notre récit littéraire collectif. C’est par elles que nous enseignons les oeuvres de notre littérature, que nous construisons nos histoires… Plutôt que d’enjamber ou de répéter les grandes hypothèses qui façonnent les manuels, ce dossier propose de s’y arrêter, d’interroger, de discuter et, pourquoi pas, de polémiquer.
La difficulté inédite d’avancer des hypothèses, par Isabelle Daunais
Résumé : Jusqu’aux années 1980, la littérature québécoise a été éclairée par un grand nombre d’hypothèses interprétatives, favorisées par la petite taille du corpus, sa relative homogénéité et le désir de voir cette littérature advenir. Les conditions qui ont permis la pratique de ce qu’on peut appeler un art de l’hypothèse se sont toutefois érodées. S’il s’agit là d’une simple évolution de la critique, on peut aussi se demander ce qui se perd avec cette difficulté nouvelle d’avancer des hypothèses.
« Petite » littérature, grande ceinture ?, par Michel Lacroix
Résumé : Formuler une hypothèse englobante sur la littérature québécoise ne conduit-il pas, plus souvent qu’autrement, à la négativité, la déception, le manque? C’est cette hypothèse sur les hypothèses, celle d’un tropisme lacunaire, que le présent article cherche à explorer, en passant à la fois par les caractérisations généralisantes employées dans les journaux et revues québécois, et par l’examen des essais de Belleau, Biron, Daunais et Ricard qui se prononcent de diverses façons sur un « défaut bien québécois », défaut littéraire aussi bien que social.
Le devenir-belge de la littérature québécoise, par Michel Biron
Résumé : Cet article compare l’évolution récente de la critique en littérature québécoise à celle de la critique en Belgique francophone. L’expression « littérature belge » n’a pas toujours été une coquille vide, mais rares sont les critiques belges qui ont proposé des hypothèses pour lui donner une portée symbolique nationale. Le « devenir belge » de la littérature québécoise permet ainsi de poser l’hypothèse paradoxale selon laquelle les travaux critiques renoncent aux hypothèses englobantes.
Du conflit des codes à l’esthétique du centre. Automatismes, hypothèses et perspectives autour de la culture moyenne au Québec, par Adrien Rannaud
Résumé : Cet article revient sur le paradigme populaire/savant qui tend à structurer les études littéraires et culturelles au Québec. Il revisite les propositions de plusieurs chercheurs et chercheuses autour de l’hypothèse d’une culture moyenne, visible dans les dynamiques intra et extratextuelles. Les cas du magazine et du best-seller au XXe siècle sont abordés dans le but de complexifier notre regard sur la vie littéraire d’avant la « Révolution tranquille ». En fin de parcours, l’auteur suggère deux hypothèses prolongeant les réflexions de Nicola Humble sur « l’histoire sociale des textes ».
Un conflit quasi anthropologique. Sur une hypothèse d’André Belleau, par David Bélanger
Résumé : Cet article s’attache à interroger une hypothèse « quasi anthropologique » lancée par André Belleau : la littérature québécoise serait traversée par un conflit latent entre nature et culture. Le critique a observé le fonctionnement d’un tel conflit dans le corpus du « romancier fictif » de 1940 à 1960 et dans quelques autres oeuvres, sans néanmoins plonger dans un corpus à valeur véritablement anthropologique. En s’intéressant à la production des premiers temps de la Nouvelle-France, cette contribution tente d’observer comment le conflit entre nature et culture peut s’avérer révélateur.
Le maître langage. Un regard psychanalytique sur L’absence du maître de Michel Biron, par Louis-Daniel Godin
Résumé : Cet article propose une relecture d’un ouvrage phare des études québécoises : L’absence du maître de Michel Biron. Il présente d’abord la thèse de l’essayiste pour ensuite l’interroger sur un nouveau territoire, celui de la psychanalyse. À partir de ce déplacement naît une nouvelle hypothèse : et si le langage était lui-même un maître? En fin de parcours, trois oeuvres littéraires québécoises contemporaines (de Mathieu Arsenault, Marie Darsigny et Michael Delisle) sont analysées à l’aune de cette hypothèse.
L’hypothèse qui reste à vérifier. Le roman sans aventure d’Isabelle Daunais, par Julien Lefort-Favreau
Résumé : Le roman sans aventure d’Isabelle Daunais soumet l’hypothèse que le roman québécois ne parvient pas à intégrer le canon supranational car il serait essentiellement un roman de l’idylle plutôt qu’un roman de l’aventure. C’est ce qui expliquerait son absence dans le « grand contexte », expression empruntée à Milan Kundera. Cet article vise à démontrer que malgré une argumentation solide et des analyses convaincantes, l’essai de Daunais ne parvient pas à transformer son intuition en hypothèse valide en raison d’une méthodologie inadaptée aux types de questions explorées.
Une littérature qui refuse de se laisser parler d’amour ? Les romans québécois et l’expression de la passion avant 1960, par Marie-Pier Luneau et Jean-Philippe Warren
Résumé : Plusieurs critiques ont constaté l’absence de « grand roman d’amour » dans le corpus québécois avant les années 1960. En mettant en dialogue le roman sentimental paralittéraire et quelques oeuvres aujourd’hui considérées comme des « classiques », nous souhaitons montrer que, dans la période qui précède la Révolution tranquille, le triomphe ou l’échec de l’amour importe moins que la représentation des conditions du bonheur amoureux, conditions que nous examinons en nous concentrant sur le point de vue de l’héroïne.
Sur une mort américaine, par Jean-François Chassay
Résumé : Cet article pose l’hypothèse d’une convergence de plus en plus importante depuis quelques années dans la fiction québécoise entre l’imaginaire de la fin et la présence des États-Unis. À partir d’un corpus varié, il s’agit de montrer comment, a contrario des mythes traditionnels qui leur sont associés (jeunesse, nouveauté, modernité, etc.), c’est un univers délétère que produisent les États-Unis lorsqu’ils interviennent dans la littérature québécoise, aussi bien sur le plan territorial qu’intertextuel.
Contrepoints
- Laurance Ouellet Tremblay
- David Bélanger
- Vincent Lambert
- Camille Readman Prud’homme
- Claude La Charité
- Sophie Marcotte
Hors dossier
Sur les seuils du road movie de cavale. Réinventer le héros populaire états-unien, par Sylvain Louet
Résumé : Comment, à la fin du XXe siècle, le road movie de cavale réinvente-t-il le héros populaire états-unien à travers la figure du seuil? Qu’une fiction fasse du seuil une séparation, une ouverture ou un espace tiers, elle interroge ce genre filmique, la culture états-unienne et l’identité de ses personnages à l’aune du jugement des spectateurs. Cette étude vise à montrer comment les protagonistes, en affirmant des valeurs authentiques dans un monde dégradé, deviennent des héros par leur capacité de médiation.

