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Volume 7 numéro 2 – novembre 2022 (ancien site)
Avec des œuvres de Vincent Chevillon
Éditorial
Par Sylvain David
Résumé : Les humains ne sont pas les seuls êtres dotés d’une conscience et d’une sensibilité à évoluer dans la biosphère : il existe d’autres manières de percevoir et de comprendre, et donc d’autres conceptions du beau, si ce n’est d’autres formes de réalité. Le dossier « Animaux et figurations animales » tente de mieux comprendre ces phénomènes par le prisme de l’imaginaire et de l’esthétique.
Dossier
Animaux et figurations animales : présentation du dossier, par Violette Pouillard et Anne-Sophie Coiffet
Résumé : Le tournant animal imprime depuis plusieurs décennies sa marque en sciences humaines et sociales. Le présent dossier, qui place au centre du propos les figurations littéraires, picturales, cinématographiques des animaux, et les animaux qu’elles dépeignent, entend s’emparer de quelques-uns des questionnements historiographiques et épistémologiques associés à leur intégration aux études animales.
“Je ne sçai quoi”. On Animal Imagery, Evolution and Beauty, par Horst Bredekamp et Kolja Thurner
Résumé : The essay tries to plea for incorporating concepts of evolutionary and animal imagery into an open theory of the image, that extends beyond the realm of human artifice and must no longer be viewed with an anthropocentric focus. Turning to images that are not human-made, we try to explore different image phenomena and connect them to non-human concepts of “Beauty” as historically developed by Charles Darwin’s underappreciated theory of “Sexual Selection” and, before him, trailblazed by William Hogarth.
Sur l’apport des fictions littéraires à la connaissance des animaux. Notre communication est-elle une illusion ?, par Michel Jourde
Résumé : La fiction est parfois considérée comme une voie d’accès à la connaissance des animaux, parce qu’elle permet un décentrement qui peut échapper au point de vue anthropocentré. Mais c’est aussi parce que la fiction propose une représentation limitée qu’elle intéresse la relation entre les humains et les animaux, relation toujours limitée, incomplète. Cet article analyse dans cette perspective un recueil d’oraisons funèbres fictives d’animaux publié par Ortensio Lando en 1548, ainsi que les choix faits par ses premiers traducteurs français.
The ‘Strange Kinship’ of Interanimality. Vision, Visibility and Lifeworlds in Science and Art, par Anya Daly
Résumé : The sovereign gaze of the human subject has predominated in natural science and aesthetics across representations of animality and animal lifeworlds. Nonetheless, exceptions to such sovereign gazes, characterised by distantiation, hierarchies, dichotomies of gazer and gazed-at, are found in the work of von Uexküll and da Vinci, in the exceptional quality of attention they bring to their tasks; a transformative attention, revealing as Merleau-Ponty describes “a strange kinship” of interanimality.
Snake Eyes. A Natural History of Picturing, Perception, and the Serpents That Lurk Within, par Andrew S. Yang
Résumé : Snakes capture us like no other creature. As serpents, dragons, and ouroboroi, their potency as symbols complicates their objective portrayal. Meanwhile, research suggests that serpentine shapes are present as ciphers within our visual circuitry before we ever even see them. From traditions of natural history to present-day neurobiology, there may be no way to depict snakes that is not also deeply imaginary.
Milieu animal, modèle musical et optique cinématographique. Jakob von Uexküll contre Tod Browning, par Emmanuelle André
Résumé : Cet article soutient l’hypothèse que le cinéma offre un terrain d’élaboration théorique aux propositions du biologiste Jakob von Uexküll qui, à rebours de l’approche mécaniste du vivant, avance une conception de la nature fondée sur une comparaison musicale. Les analyses de Dracula et de La Marque du vampire, réalisés par Tod Browning, démontrent combien les films élaborent une « partition originale de la nature », c’est-à-dire un système perceptif propre au monde animal que le cinéma rend sensible.
Imagining Zoos, par Nigel Rothfels
Résumé : Beginning with paintings of dodos and cassowaries by the Flemish artist Roelandt Savery, this essay traces continuities between early-modern European menageries and 21st-century zoos. Arguing that modern zoos persist in attempting to present an imaginary world of superabundance, the article shows how today’s zoo simulations, mid-20th-century zoo-themed board games and toys, and a mid-19th-century paper zoo echo older attitudes toward “nature,” the “natural,” and the “exotic.”
Représentation animale, réflexion et dialectique, par Anne-Sophie Coiffet
Résumé : Cet article examine les jeux de reflets à l’oeuvre entre les humains, les animaux et leurs représentations. Il met en perspective l’idée développée par Graham Harman selon laquelle le spectateur et l’oeuvre d’art constituent un nouvel objet les incluant tous deux. Cet objet immersif incite le sujet humain à ajuster, le temps de l’expérience esthétique, son regard sur l’animal et à envisager la forme dialogique de leur rencontre.
Contrepoints
- Éric Pillot
- Vincent Chevillon
- Éric Poitevin
- Noëlle Bastin et Baptiste Bogaert
Hors dossier
Empreintes corporelles, entre traces et effacements. Vers une esthétique théâtrale de la disparition, par Sunga Kim
Résumé : Comme un pied de nez à la mimésis ou à des formes trop figuratives de représentation, le corps s’efface des scènes contemporaines pour laisser place à une trace ou une empreinte de lui-même. Comme si on cherchait à signifier son caractère indispensable. Cet article vise à interroger la réalité d’une esthétique théâtrale de la disparition, dont l’enjeu semble être, à travers l’absence du corps, tout autant d’en signifier la fragilité que de résister face à l’inéluctable finitude de l’être.
La place de l’imaginaire dans le travail de l’Histoire, par Lucie Roy
Résumé : L’Histoire est ici interrogée afin de mettre au jour la part d’imaginaire dont elle dépend. Dans le cadre de leurs recherches, Jacques Le Goff, Paul Veyne et Paul Ricoeur ont questionné l’ancien critère d’objectivité qui justifiait l’exclusion de l’imaginaire du domaine de l’Histoire. Or il est mobilisé dès qu’il s’agit d’appréhender des choses du monde passé et d’en témoigner par le récit. Trois films ayant pour sujet la Shoah sont soumis à un laboratoire qui s’inscrit dans le courant de la Nouvelle Histoire, attentive à l’apport de récits multiples, y compris cinématographiques.

