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Volume 9 numéro 1 – mai 2024 (ancien site)
Avec des œuvres de Caroline Glorie
Éditorial
Par Sylvain David
Résumé : Le dossier « Esthétiques du ratage » explore le potentiel créatif — voire critique — de la non-réussite. Des exemples issus des arts visuels, de l’architecture, de la photographie, du cinéma, de la télévision, de la bande dessinée et du jeu vidéo montrent comment le non-respect — assumé ou accidentel — des normes et des attentes d’un domaine d’activité a pour effet d’en révéler les codes et les contraintes, tout en permettant l’émergence de nouvelles possibilités, avérées ou simplement esquissées.
Dossier
Esthétiques du ratage : présentation du dossier, par Jeremy Hamers, Lison Jousten, Frédéric Monvoisin et Dick Tomasovic
Résumé : Effectuant un pas de côté par rapport à sa stricte assimilation à l’échec, ce dossier examine le ratage en tant que révélateur critique de mécanismes et de normes formelles ou institutionnelles, moteur de la création artistique, levier d’un processus de création collective, ou encore comme finalité surjouée de l’acte de création lui-même. Ses contributions tracent ainsi les contours épistémologiques possibles de multiples variations esthétiques du ratage, résolument placées sous le signe de la surprise, de la réécriture, de la déviation ou encore de la dérision.
Échouer la mise en scène. « Ratés » et ratage chez Christoph Schlingensief, par Emmanuel Béhague
Résumé : En 1998, Christoph Schlingensief créait le parti Chance 2000, projet à la fois politique et artistique, dans le but de soutenir les exclus dans leur reconquête de l’espace public. Mais la valorisation du ratage à l’heure des dogmes néolibéraux de la réussite et de la performance est en réalité au cœur de l’ensemble de son œuvre, comme en témoignent aussi le film Massacre allemand à la tronçonneuse et le talkshow Talk 2000. Ces trois projets visent à rendre visibles les perdants de la société allemande sans cautionner les modes de représentation politique médiatique en général. Pour représenter les « ratés », il faut donc rater la représentation.
Faire rater l’architecture pour ménager l’appropriation, par Damien Darcis
Résumé : Cet article montre comment Patrick Bouchain, dans différentes interventions, met stratégiquement en échec le jeu d’acteurs (souvent réduit au tandem décideur politique et maître d’œuvre) constitutif du processus de projet en architecture et urbanisme afin de favoriser la construction collective des espaces de vie. Deux pratiques au cœur de sa démarche retiennent particulièrement notre attention : les chantiers habités et les permanences architecturales.
Le spectre de l’échec. De L’impossibilité du ratage en photographie, par Emmanuel d’Autreppe et Marie Sordat
Résumé : Longtemps honni des professionnels, le ratage photographique en raconte pourtant davantage que l’on ne pourrait croire. Du Point de vue du Gras aux intelligences artificielles, les loupés forment une constellation riche de sens et de paradoxes. Flous, surimpressions ou ombres portées sont autant de promesses de lectures futures où affleurent parfois poésie ou humour, fantômes ou aura, et qui débouchent sur une relecture voire une histoire parallèle de la photographie, dont l’insoluble question du ratage permet d’interroger des enjeux esthétiques ou des usages sociaux essentiels.
De la remédiatisation à la parodie de genre. Stratégies de la malfaçon dans Top Télé Maximum de Pierre La Police, par Livio Belloï et Fabrice Leroy
Résumé : Cet article explore les dispositifs récurrents par lesquels le dessinateur français Pierre La Police, dans Top Télé Maximum, parodie un genre médiatique (la presse de télévision) sur le mode d’une malfaçon délibérée et systématique appliquée à ses principales composantes discursives et iconiques. Virtuose dans son apparente incompétence, cette remédiatisation tend néanmoins à révéler le fonctionnement et à éprouver les limites du média qu’elle prend pour cible.
Dreyer, l’homme aux ratages, par Jean-Michel Durafour
Résumé : Le mot « ratage » ne vient sans doute pas en premier à l’esprit pour qualifier l’œuvre de Carl Theodor Dreyer, l’un des cinéastes les plus exigeants et perfectionnistes de l’histoire du cinéma. On peut éprouver de nombreuses émotions devant ses films, y compris de très négatives, mais ceux-ci ne laissent pas d’imposer une évidence de réussite et de maîtrise stylistique. Et pourtant. Après avoir laissé de côté la présence chez Dreyer de ratages aux sens ordinaires du terme, cet article montre que son cinéma répond personnellement à la requête impérieuse d’un autre type, supérieur, de ratage.
Fonctions de l’échec dans le streaming de jeu vidéo. Adversité ludique, esthétique du glitch et art de la mise en scène chez HortyUnderscore, par Fanny Barnabé
Résumé : Cet article s’interroge sur les fonctions de l’erreur et de l’échec comme supports d’une mise en spectacle du jeu vidéo dans le contexte du streaming vidéoludique sur Twitch.tv. En partant d’une étude de cas (les performances de la streameuse HortyUnderscore), nous détaillons la manière dont le streaming accueille, prépare et valorise différentes formes de ratages (ludiques ou communicationnels; prévus ou involontaires; ponctuels ou réguliers) au point d’en faire un socle de son esthétique.
Esthétique du brouillon et des compositions déjetées. L’élégance-crasse de Cy Twombly par Roland Barthes, par Maud Hagelstein
Résumé : Cy Twombly a mis en œuvre une esthétique du brouillon éblouissante, réalisant des dessins hors genre qui supposaient d’abandonner les conventions, de libérer l’usage des couleurs et de se débarrasser des couches d’habitudes durcies par l’apprentissage, pour retrouver une énergie du gribouillage proche de (mais non réductible à) celle des enfants. Revenant sur la lecture qu’en propose Roland Barthes, on pense ici le caractère brouillon de ces œuvres comme production aboutie, assumant absolument la rature ou l’hésitation.
Contrepoints
Syncopes
- Karel Logist
- Collectif LABORARE
- Fanny Pluymers
- Alexander Kluge
Hors dossier
Des musiques docu-critiques. L’usage de l’hymne national dans « Aux armes et caetera » de Serge Gainsbourg, par Alexandre Larouche
Résumé : Cet article interroge l’ambiguïté esthétique des œuvres musicales qui réutilisent des hymnes nationaux. Il commence par établir le caractère évolutif des chants patriotiques, sujets à de constantes réactualisations, puis retrace l’émergence de La Marseillaise et de la version reggae de Gainsbourg, qui sert d’exemple, pour cerner les spécificités de leurs symboliques contrastées. L’étude de cas se conclut par une réflexion sur l’usage du document patriotique chez Gainsbourg et sur le type d’œuvre qui en résulte.

